Comprendre
Le qi gong
Un art du corps, du souffle et de l'esprit, né en Chine,
qui se pratique lentement, sans matériel et sans compétition.
En une définition
Le mot associe qi 气 — le souffle, l'énergie vitale — et gong 功, le travail patient, l'ouvrage accompli avec le temps. Littéralement : le travail du souffle.
Concrètement, une pratique de qi gong est une suite de mouvements lents, répétés, coordonnés à la respiration, accompagnés d'automassages et de temps immobiles. Elle appartient à la famille chinoise du yang sheng 养生, « nourrir la vie » : l'ensemble des pratiques d'entretien quotidien de la santé, au même titre que la diététique ou l'organisation du sommeil.
Ce n'est ni un sport de performance, ni une religion, ni un soin. C'est une discipline d'entretien, qui demande de la régularité plutôt que de l'intensité.
三调 · san tiao
Les trois ajustements
Le Qi Gong traditionnel repose sur l'harmonisation progressive de trois niveaux de l'être, les San Tiao.
tiao shen
Ajuster le corps
Poser une posture juste, relâcher les tensions inutiles, aligner la structure corporelle. Il développe la conscience corporelle, la souplesse et la vitalité, et prépare le terrain aux deux ajustements suivants — sans un corps disponible, le souffle et l'esprit ne peuvent se poser.
tiao xi
Ajuster le souffle
Une fois le corps installé, on affine et approfondit la respiration : elle devient plus lente, plus fine, plus continue. Ce travail du souffle est le pont entre le corps et l'esprit — c'est par lui que le Qi commence à circuler plus librement.
tiao xin
Ajuster le cœur-esprit
Apaiser l'agitation intérieure, cultiver l'attention et la présence, retrouver le calme. C'est l'aboutissement des deux premiers ajustements — un esprit stable ne peut naître d'un corps tendu ou d'un souffle heurté.
Ces trois ajustements sont un travail conjoint et progressif : chacun soutient les deux autres, et c'est leur harmonisation qui mène à une meilleure maîtrise de l'énergie (Qi).
Dao yin 导引 : conduire et guider. C'est le nom que portait la pratique bien avant qu'on l'appelle qi gong.
À quoi ressemble une séance
Une heure et quart, debout, en vêtements souples, pieds nus ou en patins souples.
- - S’accueillir : se poser, se relâcher, observer sa respiration, apaiser son esprit.
- - Mise en mouvement en douceur du corps et du travail de l’énergie par des automassages ou des exercices.
- - Délier : réveil articulaire, étirements et assouplissement.
- - Enchaîner : un enchaînement, puis des exercices appartenant à des formes, travaillé sur plusieurs semaines pour une bonne intégration.
- - Se poser à nouveau : prendre le temps d’observer ce qui s’est transformé dans le relâchement, physique et mental, dans la respiration, être présent à soi.
Les grandes familles d'exercices
« Qi gong » est un terme générique. Derrière, des centaines de méthodes, dont certaines sont devenues de véritables classiques, transmis à travers les générations et les écoles.
En voici six que j'enseigne dans mes cours.
八段锦 · Ba Duan Jin
Les huit pièces de brocart
Huit mouvements simples et accessibles à tous, pour retrouver souplesse et vitalité. Une porte d'entrée douce vers le Qi Gong, quel que soit votre point de départ.
易筋经 · Damo Yi Jin Jing
Le Classique du Changement des Tendons
Issu de la tradition Shaolin, ce travail en tension douce vous aide à délier le corps en profondeur et à retrouver une force ancrée, sans forcer.
五禽戏 · Qi Gong des Paysans Chinois
Qi Gong des Paysans Chinois
Inspirés des gestes simples de la terre, ces douze exercices vous invitent à ralentir, ouvrir les articulations et retrouver un rythme naturel, proche du vivant.
五禽戏 · Wudang Qi Gong
Wudang Qi Gong
Né dans les montagnes taoïstes de Wudang, cet enchaînement fluide vous accompagne vers l'enracinement et le calme intérieur, au fil du souffle.
六字诀 · Wu Qin Xi
Le Jeu des Cinq Animaux
En incarnant tour à tour le tigre, le cerf, l'ours, le singe et l'oiseau, vous explorez différentes qualités de mouvement - puissance, souplesse, légèreté.
导引 · Zhan Zhuang
La Posture de l'Arbre
Debout, immobile comme un arbre : une pratique simple qui vous apprend la stabilité et le calme, un socle silencieux au cœur du Qi Gong.
Une pratique ancienne, un mot récent
On lit souvent « cinq mille ans d'histoire ». La réalité documentée est à la fois plus modeste et plus intéressante.
-
IVe s.
av. J.-C.Les premiers textes
Le Zhuangzi évoque des praticiens qui « étirent et contractent », signe que ces exercices sont déjà courants.
-
186
av. J.-C.Le Yinshu
Un manuel sur lattes de bambou, retrouvé dans la tombe de Zhangjiashan : une quarantaine d'exercices, avec leurs indications.
-
168
av. J.-C.Le Daoyin tu de Mawangdui
Un rouleau de soie peint, découvert en 1973, montrant quarante-quatre figures en mouvement. La plus ancienne illustration connue de la pratique.
-
IIIe s.
Hua Tuo et les cinq animaux
Un médecin met en forme un enchaînement imitant le tigre, le cerf, l'ours, le singe et la grue. La pratique entre dans le champ médical.
-
VIIe s.
Sun Simiao
Le grand médecin des Tang intègre ces exercices à ses traités, aux côtés de la diététique et de l'acupuncture.
-
Xe s.
Les huit pièces de brocart
Sous les Song apparaît l'enchaînement qui reste, mille ans plus tard, le plus pratiqué de tous.
-
1949
1953Le mot « qi gong »
Le terme se répand en Chine au milieu du XXe siècle, porté par Liu Guizhen, dont l'ouvrage de 1953 se vendra à deux millions d'exemplaires. Il devient l'étiquette commune de traditions jusque-là dispersées.
Autrement dit : les gestes sont attestés depuis plus de deux mille ans, la pensée qui les porte est plus ancienne encore, mais le mot qui les rassemble a moins de quatre-vingts ans. Le savoir est vieux ; son emballage est neuf.
Le cadre de pensée
Le qi gong s'appuie sur des notions issues de la pensée chinoise classique. Elles ne sont pas des concepts de physiologie occidentale : ce sont des outils de description, une manière cohérente d'organiser l'observation du corps. Les prendre pour ce qu'elles sont — un langage, pas une preuve — évite bien des malentendus.
- yin / yang — les polarités
- jing · qi · shen — les trois trésors
- dan tian — les centres
- wu xing — les cinq mouvements
- les méridiens
- la saisonnalité
En cours, je les évoque quand elles éclairent la pratique en évitant de l’encombrer. Elles sont davantage approfondies dans les ateliers mensuels.
Ce que la recherche établit...
...et ce qu'elle n'établit pas
Le Qi Gong n'est pas qu'une tradition ancestrale. C'est aussi un sujet de recherche scientifique, de plus en plus étudié.
Pour le corps. Plusieurs synthèses d'essais cliniques montrent des effets mesurables sur la qualité de vie, l'équilibre, la souplesse, la force, ainsi que sur la tension artérielle et le rythme cardiaque, avec des résultats particulièrement marqués pour le Ba Duan Jin.1
Pour le sommeil. Une méta-analyse récente, menée sur des adultes plus âgés, confirme une amélioration significative de la qualité du sommeil — surtout chez les personnes qui souffrent de troubles du sommeil, de dépression ou d'hypertension.2
Pour l'humeur. Les études disponibles suggèrent un effet bénéfique sur les symptômes dépressifs, avec une efficacité qui pourrait se rapprocher de celle d'une thérapie cognitivo-comportementale. Un résultat encourageant — même si, à ce jour, les preuves restent insuffisantes pour affirmer un effet spécifique sur l'anxiété.3
Ces recherches sont encore jeunes, parfois hétérogènes. Mais elles racontent toutes la même chose : une pratique douce, accessible à tous les âges, dont les bienfaits se construisent dans la durée — pas dans l'instantané.
Sources
- 1 Zou L. et al., Baduanjin Qigong for Health Benefits: A Systematic Review and Meta-Analysis of RCTs, Evidence-Based Complementary and Alternative Medicine, 2017.
- 2 Effects of Qigong exercise on sleep quality in older adults: a systematic review and meta-analysis, 2025 (15 essais randomisés, 1074 participants).
- 3 Wang C.W. et al., The Effect of Qigong on Depressive and Anxiety Symptoms: A Systematic Review and Meta-Analysis of RCTs, Evidence-Based Complementary and Alternative Medicine, 2013.
Qi gong ou tai-chi ?
Les deux partagent les mêmes principes de posture, de souffle et d'attention, et ils se croisent souvent chez les mêmes enseignants. La différence tient à l'origine et à la forme.
Le tai-chi (taijiquan) est un art martial interne : ses enchaînements sont longs, souvent plusieurs dizaines de mouvements liés, et chaque geste garde une intention de combat, même pratiqué à vide et lentement.
Le qi gong vient de la tradition de santé. Ses séquences sont courtes, répétées, sans finalité martiale, et donc plus rapides à s'approprier. Pour quelqu'un qui cherche l'entretien plutôt que l'art martial, c'est la porte d'entrée la plus directe.
Rien ne remplace une séance
Tout ce qui précède s'explique en trois pages et se comprend en une heure et quart. Le premier cours est offert.
Sources
- Repères historiques : Peter Deadman, A Brief History of Qigong (nouvelle fenêtre).
- Équilibre et prévention des chutes : Optimal exercise parameters of Baduanjin for balance in older adults (nouvelle fenêtre), Frontiers in Public Health, 2025.
- Anxiété et humeur : Traditional Chinese exercises on anxiety and depression of older adults (nouvelle fenêtre), méta-analyse, 2025.